Mon meilleur ami fait 2m04..

Ca n'est pas rien, ça prend de la place. Et en plus,  il est ce qu'on a coutume d'appeler  un homme imposant : pas gros;  pas vraiment mince non plus  mais une stature, une allure.

Il est tout à la fois d'un autre temps et d'une modernité énergique, qui bouscule tout.

Ila la stature et la race d'un de Gaulle, d'un Churchill. En plus chouette !

C'est mon meilleur ami.

Celui qui m'a tenu la main sans dire un mot quand ça il le fallait. Qui m'a emmené faire des courses de Noël un 23 décembre au Carrefour Auteuil quand j'étais déprimée. Celui qui prenait sa voiture pour m'emmener dormir à la campagne après des soirées trop arrosées. Qui me désignait en bougonnant un lit bateau à l'édredon sentant le moisi dans une chambre qu'il chauffait à mort et me secouait sans ménagement le lendemain matin en me parlant de croissants deux étages plus bas et de furets à nourrir.

Il a épousé une femme adorable, généreuse et douce. Qui a toujours compris notre drôle de lien, à mi-chemin entre l'amour fraternel et la complicité de carabins. Elle me traite comme une soeur, aime mes enfants comme une tante et m'a fait l'honneur de devenir une véritable amie : je peux téléphoner aux deux...ça ne trompe pas. Généralement, dans un couple, on n'appelle que celui "avec qui on est vraiment ami"....

Elle m'a appelée quand il a perdu le grand-père qui l'avait élevé : il ne l'aurait pas fait. Mais son regard dans l'église sur moi, toute froissée d'avoir traversé une bonne partie de  la France en train et bronzée de mes vacances interrompues,  valait tous les discours.

Quand Mulot N°1 est né, il calait ce bébé  de 4,5 kg dans une seule de ses mains et s'émerveillait.

Mon meilleur ami est d'une race qui porte titre, armes et tenue de chasse 3 pièces faite sur mesure...pour le grand-père. Il est aussi celui qui n'avait parfois nulle part où aller entre des parents absents, des grands-parents décalés, avec cheval et hôtel particulier mais pas toujours de quoi dîner ni d'endroit où rentrer dormir.

Alors on dédoublait le matelas et le sommier. Un en haut, un en bas. L'oreiller tiré au sort et ses chaussures hors d'âge sur le palier...on peut être dans le  Bottin et puer des pieds !

D'ailleurs, un jour, je  lui ai jeté ces chaussures. Dans une poubelle de centre commercial où, de guerre lasse, je lui avais remplacé. Il a mis longtemps à me pardonner. Mais comme de temps en temps je lui offrais aussi chemise, pull, caleçon sans rien jeter, il a passé l'éponge.

Et puis, un jour,  je n'ai plus eu de mari, ni de chateau, ni de quoi manger....

Et toujours sans un mot de plus, celui qui était devenu mari, père,  plus "installé", a fait ce qu'il pensait juste : il a appelé, a parlé d'argent que je n'avais qu'à demander, m'a emmené au bord de la mer avec mon Mulot N°1, a offert une blouse pour l'école et un sac à main que je regardais.

Toujours en bougonnant.

Puis je lui ai présenté mon Rat des Champs et il a acquiescé. L'a emmené chasser. "C'est bien"a-t-il une fois de plus bougonné.CQFD.

Alors il ne passera sans doute jamais par là mais, ce soir, j'écris enfin tout ce qui nous lie, la force que donne une amitié pareille quand elle est partagée et durable.

A toi, mon ami, merci.

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Mulot N°2 "entre les mains" de mon meilleur ami...