Avec le Marquis de Ca"Rat"Bas,  antiquaire et néanmoins ami, nous avons, de temps en temps, quand les Mulots sont en vacances ou quand je ne travaille pas, le plaisir de passer toute une journée ensemble pendant laquelle je deviens son commissionnaire.  A dire vrai, je m'octroie ce titre fort sérieux pour une activité qui l'est un peu moins...je le suis partout toute une journée !

Nous commençons généralement par un chocolat à l'ancienne (mousseux, fort en chocolat et avec une pointe d'orange) pour moi et une noisette pour lui, autour d'une table de notre pâtissier préféré, vers 8H du matin, afin d'établir le plan de bataille...

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...encore que ce soit plutôt vers 9H30 à cause de sa paire de labradors fugueurs et voleurs de poules qui semblent sévir systématiquement les jours où nous avons rendez-vous. Le Marquis arrive alors essoufflé, exaspéré et la pochette en soie ébouriffée...une fois ajoutés à sa noisette 1 ou 2 croissants, tout en jurant qu'il se met au régime le lendemain, il rajuste sa veste en tweed d'un excellent faiseur et  m'explique alors les réjouissances du jour qui se ressemblent toujours plus ou moins. Mais pour une Souris de bureau comme moi, partir en goguette avec cet ami dans les ateliers du Faubourg Saint Antoine, à Drouot, chez les marchands parisiens  ou chez des particuliers livrer ou expertiser des beaux objets est un vrai plaisir !

Ce jour là, la journée commençait donc en retard et dans une voiture bondée puisque nous avions des chaises, un miroir, un tableau et divers objets en équilibre instable derrière nos sièges, dans le break poussiéreux, cabossé par des années de stationnement sauvage dans Paris,  le Marquis étant intimement persuadé que sa voiture a  tous les droits et la taille d'une Smart. A dire vrai, il s'agit en fait d'un honnète et massif break nordique, embaumant le chien mouillé et branché en permanence sur Radio Classique, aucune de ces qualités singulières ne lui attirant l'indulgence des contractuelles, qu'il regarde de toutes façons avec un oeil navré pour "leur immoooonde uniforme en polyester !"

Les ventes à Drouot commencent généralement à 14H et elles sont précédées d'expositions durant 2-3 jours et qui se terminent le matin de la vente vers 12H...vu notre horaire de départ, nous avons décidé de repousser à l'après-midi la tournée des artisans pour espérer faire le tour de toutes les expositions. Une fois n'est pas coutume, probablement par galanterie, mon ami décide de se garer au parking souterrain de la salle des ventes...Nous faisons donc un tour rapide mais consciencieux de toutes les salles et là, mon coeur s'emballe : une dame semble vider ses placards et l'une des ventes n'est composée que de bijoux Hermès, Poiray, Chanel et de sacs, chaussures et vêtements de créateurs...Comme nous ne sommes pas amis pour rien, nous repérons ensemble les bijoux qui pourront intéresser notre petite ville, n'hésitant pas à nommer même celle qui craquera sur tel collier ou telle bague.

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Je désigne de temps en temps au Marquis des bijoux et leur prix de vente idéal,  étant la reine de l'enchère sur ebay . Puis les commissionnaires de Drouot (d'authentiques ceux-là !) bourrus et gouailleurs savoyards,  nous fichent dehors sans ménagement : toutes les mamies à cabas, les brocs à catogans, les pères de famille maghrébins cherchant la bonne affaire, les dames chic en vison " qui s'y connaissent car elles ont fait une formation de l'Ecole du Louvre", les étudiants au look dandy torturés et les marchands reconnaissables à leurs atours de lord anglais ayant connus des jours meilleurs, tout ce petit monde reflue dans les coursives en marmonnant ou en notant des prix et des références sur des bouts de papier ou dans des petits cahiers pour les plus minutieux.

Dehors, après avoir salué en souriant des marchands goguenards qui se demandent qui est cette fille qui n'a visiblement pas l'air d'être une des leurs, l'un d'eux allant même jusqu'à demander "mais vous êtes qui en fait pour le Marquis ?!" (mon ami étant un célibataire endurci, une femme qui le suit toute une journée suscite bien des interrogations...) nous partons à la recherche d'un petit resto sympa, copieux, où nous ne déjeunerons pas au coude à coude avec des pros. Le Marquis et moi nous jurons de commencer nos régimes respectifs dès le lendemain...

En nous éloignant d'une rue ou deux, nous trouvons un charmant restau italien avec un patron à l'accent authentique et des pizzas à la mozzarella fumée et bresaola à tomber par terre de nos poufs tendance ! Mais après notre déjeuner, où ni le verre de Valpolicella ni le tirasimusi crémeux à souhait n'ont été oubliés, aucun risque de chute...nous sommes lourdement campés sur nos sièges...

Un passage éclair par la boutique fermée et bordélique d'un marchand de tableaux, absent et ne répondant pas au numéro de portable indiqué sur sa porte...rien que de très classique...

Petite parenthèse : comme mon Rat des Champs, être délicieux s'il en est, je le précise, mais véritable paysan qui bougonne à longueur de temps, certains  marchands, antiquaires, brocanteurs ou restaurateurs, se plaignent toute la sainte journée...des prix de vente trop bas, des prix d'achat trop hauts, des "manouches qui salopent le métier", des clients qui ont des goûts de chiotte, qui radinent, des curieux qui flânent...mais eux mettent un point d'honneur à être injoignables, un peu hautains quand ils ne sont pas franchement méprisants, à avoir des boutiques qui ressemblent au grenier d'un vieil oncle misanthrope mais où la moindre console vaut un mois de salaire, même poussiéreuse et écaillée...

Mais fort heureusement, à côtés de ces spécimens un peu "old school" on trouve des gens adorables, dynamiques, conciliants, qui proposent des mix entre objets déco et vraies belles pièces, des services comme la réfection des meubles et des conseils de décoration. Mon ami en fait partie et pousse l'intelligence jusqu'à proposer une sélection de pièces contemporaines ou d'artistes accessibles et conciliables avec la vie quotidienne.

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Mais revenons à nos moutons et pour l'heure, il s'agissait d'assister à 3 ou 4 ventes en même temps, ce qui est le lot commun de tous les marchands. Nous étions donc debout, près de la porte, écrasés les uns contre les autres, à attendre les lots 163 et 256...nous en étions au 12...après plusieursallers-retours sur 4 niveaux, le Marquis pris une grande décision : me laisser seule à la vente de bijoux, en charge des enchères ! Essayez un instant de vous mettre à ma place : seule, avec un chéquier et toute latittude...yeahh !!!!!!

Bon, en fait, mon Rat prudent d'ami est vite revenu près de moi mais la jubilation n'a pas été moindre de voir les enchères se succéder à notre avantage et ressentir une sorte de griserie à voir les bijoux s'amonceller dans mon sac à main ! Une petite bague Hermès a trouvé sa place à mon auriculaire droit...elle y est juste bien, pile poil ! Tellement bien que, sept heures plus tard, lorsque nous avons retrouvé Rat des Champs dans une brasserie pour un dîner tardif/debriefing/déballage du break...j'ai décidé qu'elle y resterait !

Une fois tous nos achats terminés et après  avoir eu le coeur qui bat devant une magnifique jeune fille étherée de Marie Laurencin qui fait s'envoler les dizaines de milliers d'euros,, nous nous sommes attablés autour de Perrier/rondelles en lorgnant sur la crépière à notre gauche...mais cette fois la bataille de la crêpe a été remportée...pas de faiblesse coupable !

En écoutant distraitement les gémissements d'un caniche nain et de son maître, tous deux en doudoune laquée, nous faisons rapidement le point sur ce qu'il nous reste à faire : livrer des chaises et prendre une console, passer chez le tapissier, le bronzier et le doreur, et éventuellement aller faire un tour à une petite vente privée de la marque sportswear chic au joueur de polo....le hasard (et les habitudes de reproduction et territoriales de la bourgeoisie parisienne...) faisant très bien les choses, tout sauf les artisans, se déroule dans le XVIème...emballé c'est pesé, nous renonçons sans remord aux artisans et filons à la vente.

Deux sacs en plastique blanc et quelques dérapages shopping plus loin, nous nous retrouvons coincés dans un ascenseur haussmanien avec une massive console Empire, grelottant devant un interphone avec une chaise cannée dans chaque main, à patienter derrière une vieille dame à permanente vanille-cassis expliquant la valeur infinie de son bien à une souriante restauratrice et à éviter les assauts d'un labrador sable de 22 moisqui tenait absolument à renifler nos entrejambes...enfin, notre journée expédiée, nous nous casons dans le break aussi bondé qu'à l'aller où je me prète volontiers à un essayage sauvage de bijoux sous l'oeil amusé de mon chauffeur.

A 21H, en cette période de Carême, nous revenons à notre préoccupation principale : où allons-nous dîner ? Rat des Champs est mis sur le coup, et 1 heure et demi plus tard, nous sommes tous les trois attablés devant d'indécents jarrets de porc aux lentilles arrosés de vin de Loire. Le Marquis et moi ne la ramenons pas un seul instant sur nos régimes renvoyés aux calendes grecques...et dans les yeux de mon amoureux je lis une gratitude immense envers cet homme qui, en une seule journée, l'a dispensé de sortie culturelle, virée shopping et discussions interminables ...et ça, il approuve !

Pour préparer vos achats, visitez les salles d'exposition : http://catalogue.drouot.com/visitesdesalles/visite.jsp

Les 28 et 29 mars, les Journées follement marteau ! http://www.follementmarteau.com/

Et, en bonus, un sac Kelly gratuit (si, si !)

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