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Lors d'un de mes inombrables weeks-ends de chasse, je me suis retrouvée à une tablée très chic, en Sologne, avec  des femmes de chasseurs qui arrivent juste pour dîner, dans une tenue qu'elles qualifient elles-mêmes de "Hyyyyyyper-simple, un vieux truc que je ne mets qu'à la campagne....""ce n'est rieeeeeeennn du tout, un petit Bompard d'il y a 3 ans"...bref, elles étaient hyper sappées, le brushing flou comme il faut, les bracelets Hermès en argent qui font "cling-cling" (parcequ'en semaine c'est du Dinh-Van en or qui fait "bling-bling") et la petite veste en cuir chocolat tellement douce que vous avez envie de vous frotter les joues dessus...

Comme d'hab, j'avais le teint rose à cause du vent, les cheveux frisottés et pleins de mousse, brindilles, et tout ce qui peut tomber d'un arbuste, un jean maintes fois reprisé et un pull qui avait du me voir passer mon bac...(pas 1 MOT sur l'année les souris sinon je vous égorge !)

Nénamoins, une fois échangés les poncifs du genre "Ooooohhh, mais c'est trop sympa d'habiter la campagne ! Nous, à la Blaireautière, on est hyper biens le week-end!", je tâchais de montrer à ces petites dames que j'avais un peu de savoir-vivre voire de conversation. Urbaine, je demandais à ma ravissante voisine de droite (1m78 de minceur, 3 enfants "ados mais hy-per sympas !", une maison à Neuilly et un mari rigolo qui s'endormait pendant 15 secondes tous les quarts d'heure) ce qu'elle faisait.

Pleine de bonne volonté, elle me répondit sur un ton pédagogue, en articulant bien comme si j'avais 75 ans et un sonotone "et bien voyez-vous je dirige un show-room de ventes privées. Alooooors..euh...comment vous dire ? Et bien, c'est comme les ventes privées sur internet mais en "vrai"..."

Et là, je me mis à trépigner sur ma chaise : "Naannnnnn...moi je suis membre et fan absolue de C.M depuis 10 ans !"

Alors là, ma voisine fut un peu interloquée : visiblement, qu'une femme de paysan beauceron, aux joues rougeaudes (beuh...elle ne lâche pas son verre de vin en plus !) habillée comme un sac, et coiffée comme un balayette de toilettes puisse connaître depuis 10 ans (époque  un peu élitiste puisque seules les attachées de presse dont je suis étaient alors invitées dans un atelier du fin fond du XVIème...aujourd'hui c'est devenu un immense espace moderne en plein coeur de Paris) le show-room qu'elle dirige depuis 4 ans ...ça la laissait estomaquée !

En plissant les yeux, elle remarqua soudain la bonne facture de la tenue de chasse de Rat des Champs, la bague de joaillier qui ornait mon annulaire et compris qu'elle voyait sur nous les produits de certaines de ses plus jolies ventes.

Malgré ses schémas personnels un peu bousculés, elle fut ravie de papoter de son job et des belles opportunités-shopping qu'il offrait : là, son mari se réveilla brusquement d'une de ses micro-siestes et soupira que "oui...ça coutait cher ce poste là...".

Je ne pus m'empêcher de me re-mémorer tous les moments particuliers que je passais lors de ces ventes : ne fut-ce que le concept de faire la queue dehors, parfois par un temps à ne pas mettre une souris dehors, à serpenter calmement entre des barrières menant au cerbère des lieux : le vigile wallisien de 2 mètres 03 qui demande si vous avez "LA CARTE".

La carte, c'est le sésame absolu : celui qui vous ouvre les portes du paradis, ou de la vente privée Mont Blanc, Nina Ricci ou Bonpoint, ce qui revient au même.

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Une fois que vous avez survécu aux 45 minutes de queue, aux clientes qui font signe à leur fille de les rejoindre (elles ont un ego d'enfer ces filles là parcequ'elles remontent 100 mètres de queue sans bouger un cil alors qu'on les regarde comme si on voulait les tuer!), aux africaines qui viennent à 12 avec les cabas qui vous battent les mollets, aux metrosexuels dédaigneux qui lisent Kundera en toisant toutes ces femelles hystériques, bref...vous n'avez pas décroché la timbale (Christofle, certes) pour autant.

Il vous faut alors entrer sans vous faire laminer par les autres acheteuses, empoigner un sac plastique de 100 litres de la main droite et, avec votre oeil de lynx, repérer où se situe la marque convoitée dans l'espace. Et puis, surtout, parfois il faut re-faire la queue à l'intérieur...les ventes de joaillerie ou d'accessoires particulièrement convoitées ne se prétant que fort mal au "fouillage dans les bacs", on tente de donner un peu de solennité à l'achat.

Et on re-fait la queue donc. Derrière un autre vigile wallisien (à croire que tous nos DOM-TOM envoient leurs spécimens mâles de moins de 40 ans et de plus d'1m60 dans les ventes privées de la capitale...).

Une fois entrée dans l'espace VIP de la vente VIP, on regarde des petites vitrines classées par prix. Bizaremment, celle des premiers prix est quasi-vide ou ne contient plus que des montres au bracelet en veau velours moutarde et turquoise...

On passe donc à la gamme du dessus et là il faut aller très vite. Trouver une vendeuse, pointer du doigt ce qu'on veut malgré son air las et le prendre tout de suite. Sinon, elles sont 45 à l'attendre.

Sortie de là, vous avez quand même dépensé une somme à 3 chiffres comme vous demanderiez une tranche de jambon donc pour vous remettre, vous allez voir le reste. Là où on fouille. Et vous fouillez. Et vous trouvez, bien sur.

Une robe en soie de couturier à 200 euros au lieu de 3000. Au cas où Tante Délia marierait (enfin...) sa fille. Des cachemires pour les enfants : au prix d'un pull Monop, on en prend 5. Pour chaque enfant.

Des cadeaux de naissance d'avance. Dans toutes les tailles et toutes les couleurs, on ne sait jamais. Et puis un cadeau pour Rat des Champs, question qu'il associe vaguement ces virées ventes privées à quelque chose de positif...

Puis on re-fait la queue pour payer. Si, si. Pareil, on serpente pendant 1/2 heure. Mais là, ruse suprême, on serpente parmi des jolies choses. A vendre. Faciles à attraper, comme à la caisse du supermarché. Et qui jouent sur notre culpabilité. Des bougies et savons parfumés pour les Bonnes-Mamans, des jouets et petites douceurs pour les enfants, des accessoires de golfeurs ou de chasseurs pour les maris.

Et on finit à la caisse avec 2 pots de Barbe-à-papa, 3 savonnettes au muguet, 1 bougie parfumée et une boîte de tees griffés.

Et là, on tend son sac plastique à une dame qui ne vous regarde pas mais hurle à l'intention de ses collègues de temps en temps : "Et ça, c'est quoi ?" en tendant bien haut la guépière que vous n'espériez pas voir accéder à une telle célébrité...

Car dans ces ventes, il n'y a qu'une dizaine de prix, selon la catégorie de vos achats : les vestes, les manteaux, les tops, les bas. Point. Et certaines pièces sont sujettes à doute. Une veste avec une doublure épaisse, est-ce un manteau ? Une tunique longue,  est-ce une robe ou un top ?

Là, je dois bien avouer qu'une certaine politesse à l'égard de ces malheureuses vendeuses qui, les 3/4 du temps, sont traitées comme des chiens par les acheteuses, m'a bien souvent servi. Un manteau que j'adore a été, dans le doute, catégorisé en veste et un col en fourrure abandonné m'a été offert car il aurait pu aller sur ma robe . Je ne parle même pas des gentils vigiles qui, réservant l'accès au personnel des marques présentées une heure avant l'heure, m'ont laissé entrer sur ma bonne mine.

C'est sur qu'entre moi et mon sourire de gentille fille et les harpies liftées en vison qui exigent d'entrer avant tout le monde dehors et qui, dedans, se mettent en string-ficelle  au milieu des portants (oui, parcequ'il n'y a pas de cabines dans ces ventes donc la pudeur est à oublier) en jetant sur le sol, maculé de fond de teint, tout ce qu'elle ne prennent pas, je sens bien que j'ai le bénéfice de la sympathie.

Une fois votre addition avec plein de zéros payée, vous vous retrouvez dans la rue, un peu groggie, pas sure d'avoir gagné le round (quand même, tous ces zéros....) et tenant à la main un magnifique sac en plastisque blanc, noué comme un sac poubelle et sur lequel est agrafé votre facture. Au cas où vous oublieriez.

Et, suprême astuce marketing de la journée, se tiennent sur le banc juste en face de la sortie, des SDF dont vous jureriez qu'ils n'étaient pas là à l'entrée...et vous avez mauvaise conscience. Parfois. Mais pas ceux qui garent leur Cayenne sur le trottoir.

Si vous êtes avec une copine ou plusieurs, le remède est souvent d'aller s'affaler sur les banquettes d'un troquet pour siroter un coca-light. Et tout ressortir du sac pour se féliciter mutuellement de vos achats.

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Viens le temps du retour à la maison, en train, où j'ai l'impression que tout le monde pense que j'ai oublié de jeter ma poubelle tant mon sac est moche et où je jubile de savoir quels trésors renferme le-dit sac. Et, parfois, la complicité dans le "Bonsoir Madame" à une maman d'amie ou une relation qui a l'air tout aussi lessivée et tient à la main le même genre de sac poubelle...

Allez, pour le plaisir (contrairement à leur réputation nul besoin de parrainage...si besoin demandez moi) :

www.espacecatherinemax.fr

www.ngr.fr

http://www.espacevoltaire.fr

Et pour vos petits cadeaux de Noël, une jolie vente privée...à domicile :

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